Voir les détails


Remise des prix du jury The Bobs à Bonn


Bassem Youssef - Cérémonie de remise des prix The Bobs 16

La photo des lauréats s’est faite sans lui et il n’a montré que son dos au public: Nastiker Dharmakata – un pseudonyme – court de grands risques s’il dévoile son visage. Il pourrait y perdre toute chance de retourner un jour dans son pays, le Bangladesh. „Je suis fier de ce recevoir ce prix, et reconnaissant d’avoir été choisi. Je le dédie à tous les blogueurs assassinés au Bangladesh“, a déclaré Nastiker Dharmakata sur la scène, lors de la remise des prix The Bobs 2016, qui s’est tenue à Bonn dans le cadre du Global Media Forum de la Deutsche Welle.

Nastiker Dharmakatha s’est imposé dans la catégorie „Journalisme citoyen“. Son documentaire Razor’s Edge (Sur le fil du rasoir) montre les menaces auxquelles doivent faire face nombre de blogueurs et écrivains bangladais, critiques du régime actuel. Ils sont la cible d’une vague d’assassinats, depuis plus d’un an. Tous ceux qui osent critiquer le mouvement islamiste en sont de potentielles victimes – c’est le cas de Dharmakatha, visé par des menaces venues des islamistes, mais aussi du gouvernement. Il a fui son pays, il y a six mois, avec femme et enfants, et vit en exil en Europe. „Mon pays me manque, la culture, la langue, tout me manque! Mais celui qui veut amener le changement doit accepter ce genre de sacrifices.“

 

Le changement, grand et petit

Il n’est pas seul, dans son combat pour le changement: la DW a honoré quatre personnes, qui s’engagent au service de la liberté d’expression et les droits de l’Homme. Deux des lauréats n’ont pas pu recevoir leur prix en personne. Dans la catégorie „Technologies au service du bien“, les quatorze membres du jury international ont récompensé l’application mobile Gershad. Elle répertorie sur une carte, en temps réel, les patrouilles de la police des moeurs iraniennes, permettant ainsi à ses utilisateurs et utilisatrices de faire un détour et éviter les contrôles. „La police devrait protéger nos intérêts. Mais elle est devenue un instrument du pouvoir“, a expliqué le lauréat, dans un message écrit.

Le changement, c’est un grand mot. Mais nous pouvons faire la différence par de petits gestes et initiatives“, voilà la conviction du lauréat dans la catégorie „Changement social“. Alok Dixit, venu d’Inde, se bat pour la cause des victimes d’attaques à l’acide, avec son initiative Stop acid attacks (Halte aux attaques à l’acide). Cette campagne vise à mettre un terme au silence qui entoure ces victimes, en multipliant les initiatives – portraits diffusés dans les médias sociaux, débats publics, cafés citoyens gérés par les victimes de l’acide. Un défi immense, alors que le sujet reste tabou en Inde. Pour Alok Dixit, „quand tu donnes à ces gens la force et le pouvoir de lutter, alors ils prennent eux mêmes leur vie en main!“.

 

Un invité surprise: Bassem Youssef

Le prix dans la catégorie „Arts et culture” a été remis au Centre pour la beauté politique, basé à Berlin. Le jury s’est laissé convaincre par la créativité de collectif d’artistes, une créativité qui a permis de provoquer un large débat public autour de thèmes comme la politique migratoire de l’Union européenne ou la vente d’armement à l’Arabie Saoudite, par l’Allemagne. Les lauréats ne sont pas venus recevoir le prix, car ils sont occupés à construire un millier d’ilôts, placés sur le chemin des migrants en mer Méditerrannée.

La remise des prix s’est toutefois faite en présence du présentateur de la télévision égyptienne et auteur satirique Bassem Youssef, qui a dû mettre un terme à ses activités professionnelles en Égypte, à cause de menaces. „Les gagnants des Bobs sont une source d’inspiration pour tous. Ils sont un exemple pour ceux qui veulent provoquer le changement et la preuve qu’une reconnaissance existe pour ceux qui s’engagent“, a déclaré Bassem Youssef. Il a profité de cérémonie pour appeler les dirigeants politiques européens à se montrer à la hauteur des valeurs qu’ils disent défendre, et à remettre réfléchir à leurs liens avec les États et gouvernements non démocratiques. Pour Bassem Youssef, „le soutien de l’Union européenne est l’une des raisons qui permet à bien des dictateurs de se maintenir au pouvoir“.